Continuité entre les arts : orfèvres, peintres, dessinateurs, photographes, céramistes, sculpteurs, verriers ont tous leur place dans la galerie. Au-delà de la diversité, l’observateur attentif décèle des correspondances, ou plutôt des échos d’une œuvre à l’autre, des structures ou des formes communes d’un artiste à l’autre. La toile « Les dormeurs et un ange au-dessus d’eux » de Michel Madore évoque les dormeurs sculptés de Jeanclos.
Des résonances entre la céramique et la photographie sont magnifiées par « Les champs de bataille » d’Andoche Praudel : des photographies d’anciens champs de bataille pacifiés et fragiles, sont exposés avec les « Trophées » torturés explosés, calcinés, comme abandonnés dans l’enfer des combats. Les échos et les liens contribuent à créer un univers onirique qui se prolonge désormais dans les ouvrages où les photographies de Denis Durand rendent justice au travail des artistes.
Plus spontanément tournés vers la terre et le verre, nous avons cependant appris à apprécier d’autres arts. À propos de Philibert-Charrin, par exemple, Gérard Capazza a déployé tout son talent pour nous faire découvrir la subtilité de ses constructions, son humour décalé.
En devenant amateur, nous avons admis que la valeur esthétique n’est ni dans l’œuvre, ni dans le regard mais dans la relation que l’œuvre entretient avec celui qui la contemple et l’insère mentalement dans son propre univers. Dans une collection se projette quelque chose du collectionneur. Le choix d’une œuvre est un moment d’intense émotion, entre l’exaltation de la découverte et la trivialité de l’estimation du possible, entre désir et principe de réalité, pendant lequel le dialogue confiant avec Gérard Capazza joue un rôle important.
Au sujet de nos artistes favoris, pour lesquels nous avons une attente particulière, le plaisir est de partager une vision de leur travail, de comparer avec les œuvres déjà connues, de remarquer une nouvelle manière… Pour les autres, c’est d’abord l’œil du galeriste qui nous importe et la présentation qui en résulte, présentation qui l’intègre dans un contexte favorable et met en évidence les qualités particulières du travail. Comme après un concert, lorsque les sons vibrent encore dans l’oreille, à la fin de la visite des images flottent devant nos yeux. Il faut bien repartir vers le quotidien, rentrer chez soi en emportant si possible une pépite, un concentré d’émotion, le souvenir d’une rencontre.
(Françoise Clerc – Villers, novembre 2014 – extrait du livre « Ensemble depuis 40 ans », Editions Galerie Capazza, 2015)